Jeudi 24 Juillet 2008
résurrection?
Par jeanda, Jeudi 24 Juillet 2008 à 19:36 GMT+2 dans humeurs et considérations
J'ai connu la paix de quelques circonstances partagées, la paix d'une banalisation de nos rapports après cette mort, l'envie d'entretenir l'estime réciproque de l'un envers l'autre qui nous a toujours habité. Et j'ai connu le feu insoutenable de l'envie, la morsure de la jalousie, l'amertume de la bile, la puissance de la colère et la colère de l'impuissance.
J'ai connu, quoique mort, les tourments de la question qui vous travaille les chairs, les médocs garde-fous. Tout mort qu'on est, on se prend à enquêter au plus profond de soi afin de cerner les circonstances de sa mort, se l'expliquer.
J'ai connu le doute. J'ai connu et bu jusqu'à la dernière goutte le poison d'une solitude mortifère parce que volontaire, sorte de sabotage des relations humaines. Sagesse, diraient certains fous qui entendent tirer leçon de chaque chose, méditer... Folie, diraient les sages qui entendent aller dans le sens de la vie, aller de l'avant, continuer de vivre...
Continuer de vivre, quand on est mort?
Une vie post mortem, oui. Et ça, je l'ai fait, continuer de vivre tel un zombi au milieu des vivants. Resté sourd aux rencontres, ne pas créer les conditions propices à la rencontre. S'extraire volontairement du jeu social et de la séduction, se retirer du jeu amoureux. Se punir soi par la négation de l'autre et punir l'autre par la négation de soi. Pas terrible comme stratégie mais efficace pour moi, à ce moment-là. Me punir de la vie pour moins me la faire regretter. S'installer dans une vie post mortem morne, onaniste, douloureuse et ainsi se la rendre plus tolérable, la mort. Douce.
Mais toujours ces petites résurrections quand ma fille, boule de vie, déboule à la maison et là, la vie continue car c'est facile, elle a tant l'appétit de la vie qu'elle entraîne dans son sillage tout azimut et son enthousiasme juvénile mais intrinsèque y compris jusque les morts.
Et puis un jour, l'incompréhensible vous tombe dessus et vous passez de trépas à vie. Résurrection.
Il faut croire que de banalisation en banalisation de nos rapports, quelque chose qui n'était pas tout à fait mort a ressurgi.
Alors cette nouvelle vie à laquelle je goûte, ma fille et sa maman à mes côtés, est encore plus précieuse et plus fragile que la précédente... nouvel élan de vie précaire mais indispensable.
Il y a une vie après la mort, mais elle garde la marque de la morsure de la mort.
Il y a une vie après la mort, je peux en témoigner. Elle est d'autant plus belle qu'elle est davantage fragile.










