kafka au rocksane
Le Rocksane a programmé vendredi 7 septembre, pour sa rentrée, le groupe kafka qui avait par deux reprises déjà, livré un concert à Bergerac, dont le tout premier devait les conduire à remporter le premier prix du tremplin Overlook.
L'intensité du moment que j'ai vécu m'autorise à m'improviser critique musical, et aura pour logique conséquence, ni plus ni moins, qu'un dithyrambe. Rien de moins! Mais considérons que cette exagération n'est que partielle : car il y a quelque chose, dans cette jeune formation clermontoise, de dionysiaque; le lyrique et le tragique se mêlent tour à tour, empreints d'une sauvagerie « naturelle ».
Le groupe (deux guitares, un bassiste et un batteur) fait montre d'une remarquable maturité musicale, au vu du jeune age relatif de ses membres. D'abord parce qu'ils explorent un genre musical qui ne souffre guère la médiocrité; ensuite parce qu'ils trouvent matière à développer leur univers très personnel.
Kafka développe un rock progressif instrumental, tantôt d'une violence extême, sauvage, tantôt teinté d'une délicate inquiétude distillée au gré des arpèges.
La virtuosité est ici discrète, rien qui ne ressemble à une débauche de technicité, rien qui ne ressemble à un tape-à-l'oreille léché et obligatoire. Non, la virtuosité est discrète et tient plus à l'étonnante cohésion des quatre musiciens et à la cohérence de cet univers qu'ils déploient, avec lenteur.
Car ils tissent ensemble une étoffe, peu à peu, ou tout d'un coup. Les deux guitares s'entremêlent, s'unissent jusqu'à, parfois, n'en former qu'une; la basse est souvent jouée au mediator dans un esprit mélodique; la batterie, quant à elle, vient à la fois superstructurer le tout, mais livre dans le détail une ornementation particulièrement intéressante.
Et il y a quelque chose d'hypnotique et d'ennvirant dans la musique de kafka. Les morceaux sont longs (entre 9 et 19 minutes, en gros) et prennent du temps à se déployer autour de quelques idées exploitées jusqu'au bout, puis déclinées... pour enfin, à l'apogée d'un climat, se destructurer. De cette trituration naît un nouveau climat qui s'enfle à son tour.
Les rythmes sont souvent complexes, les mesures composées, les harmonies dissonantes, du moins tendues. La musique de kafka est tourmentée mais belle. Mais elle trouve le repos. D'abord parce qu'elle prend son temps. Ensuite parce qu'il y a une forme de délicatesse derrière l'énergie que je n'hésite pas à qualifier d'animale. C'est une musique organique. Le corps vibre, le corps des musiciens jouent également... mais ça, c'est en les voyant sur scène qu'on s'en aperçoit.
Le batteur joue du xylophone, dans ces instants plus calmes où la mélodie exhibe une fragilité presque enfantine, comme la ritournelle rassurante d'une mère qui calme les angoisses de son enfant. Une berceuse qui surgit du chaos, de la violence et de l'inquiétude.
Un dernier mot : la musique de kafka est audacieuse à bien des égards. En outre : elle n'a pas peur du silence.
Par jeanda, Lundi 1 Octobre 2007 à 11:26 GMT+2 dans humeurs et considérations (article, RSS)





